PO LAB’ 1 : « Heat Spike » ou pourquoi la sensation de chauffe des produits ongulaires ?

Si tu travailles le gel, tu as déjà du entendre cette phrase :

 » Aïe ! Ca chauffe… »

Tu as certainement déjà du voir ta cliente retirer et secouer sa main en ressentant une très forte chaleur sous la lampe.
Beaucoup pensent à tort que c’est la lampe qui chauffe.
En réalité, cette sensation de chaleur vient du produit lui-même, plus généralement même, des gels de construction.
Pour comprendre pourquoi, il faut comprendre la réaction chimique qui se produit lorsque la main est placée sous la lampe.

C’est le sujet du jour !

La lampe ne chauffe pas le gel, elle déclenche une réaction !

Lorsqu’on place du gel sous une lampe UV/LED, plusieurs choses de produisent :
1. Le gel contient des molécules qui s’appellent des photoinitiateurs.
2. Ces molécules absorbent la lumière émise par la lampe.
3. Sous l’effet de la lumière, elles se fragmentent.
4. Ces fragments deviennent ce qu’on appelle des radicaux libres.
C’est là que tout commence.

Mais c’est quoi un « radical libre » ?

C’est un terme purement chimique qui est « simplement » une molécule extrêmement réactive qui cherche à se lier à une autre molécule. Elle possède un électron seul et, en chimie, les électrons seuls cherchent à s’associer.
Dans le gel :
– Les photoinitiateurs créent des radicaux libres.
– Ces radicaux « attaquent » les liaisons des méthacrylates.
– Cela déclenche une réaction en chaîne.
– Les petites molécules liquides se relient entre elles.
– Le gel devient un réseau solide.
Cette transformation s’appelle la POLYMERISATION (et non pas « catalysation » ; sujet expliqué sur Instagram dans mon premier article PO LAB‘)
Sans radicaux libres (provenant des photoinitiateurs), le gel ne durcirait pas.

Pourquoi ça chauffe ?

La polymérisation est une réaction exothermique.
Cela signifie qu’elle libère de l’énergie lorsque les molécules :
– passent d’un état mobile (liquide)
– à un état organisé (réseau solide)
-> De l’énergie est libérée sous forme de chaleur.
Plus la réaction est rapide et plus l’énergie est libérée d’un coup. C’est ce pic d’énergie qui est ressenti sous la lampe par les clientes.
Ce n’est donc pas la lampe qui brûle mais bien la vitesse de la réaction chimique.

Pourquoi certains gels chauffent plus que d’autres ?
Plusieurs facteurs influencent la montée en température.

La formulation
Un gel contient :
– des monomères
– des oligomères
– des photoinitiateurs
– des additifs
Plus il contient de petites molécules très réactives et plus la réaction est rapide.
Polymérisation rapide = chaleur concentrée = pic thermique

La vitesse de polymérisation
C’est le facteur clé.
Si la réaction démarre progressivement -> la chaleur est modérée.
Si elle démarre brutalement -> une sensation de brûlure.
Certaines formules sont conçues pour polymériser très vite. C’est confortable en temps de travail mais parfois beaucoup moins en sensation thermique.

L’épaisseur de la matière
Plus la couche est épaisse :
– plus il y a de matière à polymériser
– plus il y a de réaction
– plus il y a de chaleur cumulée
Un gainage épais chauffera toujours beaucoup plus qu’une fine couche. De plus, pour des raisons de polymérisation sécurisée, il n’est pas du tout conseillé de mettre des couches épaisses. Cela dépend aussi de la longueur de l ‘ongle.

La pigmentation
Les couleurs qui sont très intenses :
– bloquent partiellement la lumière
– modifient la pénétration lumineuse
– peuvent créer une réaction plus intense en surface
Cela peut également être un motif d’acceptation de la réaction thermique.

La lampe
La puissance seule n’est pas le problème.
Ce qui compte c’est :
– la compatibilité du spectre lumineux avec les photoinitiateurs
– la montée progressive ou non de l’intensité
Une activation très rapide des photoinitiateurs peut accélérer la réaction … et donc le pic de chaleur.

Pourquoi certaines clientes ressentent davantage la chaleur ?

La plaque de l’ongle est fine. En-dessous se trouve le lit unguéal, richement innervé.
Si l’ongle est :
– fin
– fragilisé
– trop limé
– préparé de façon agressive
la chaleur sera transmise plus rapidement aux récepteurs nerveux. La sensation ne dépend donc pas uniquement du produit.

Retirer la main … bonne ou mauvaise idée ?

C’est là que la compréhension chimique devient essentielle. Si la cliente retire trop tôt la main alors :
– la réaction s’interrompt
– la polymérisation peut être incomplète
– des monomères résiduels peuvent persister
Or, ce sont ces monomères non polymérisés qui sont les plus susceptibles de favoriser les sensibilisations allergiques. L’objectif n’est donc pas d’éviter toute chaleur mais bien de contrôler la vitesse de réaction.

Comment limiter le « HEAT SPIKE » intelligemment ?

  • Travailler en couches fines ;
  • Le cas échéant, si ce n’est pas réellement faisable selon la pose ou la longueur, utilisez le mode « low heat » s’il est disponible ;
  • Faites une pré polymérisation avant la polymérisation complète (comme pour la technique des popits) et lorsque la cliente retire la main, vous la lui faites mettre à l’envers ;
  • Evitez d’affiner excessivement la plaque, le sur limage ainsi que les préparations agressives inutiles ;
  • Adaptez le choix du gel à la cliente et à la pose à réaliser.

EN BREF …

Le HEAT SPIKE n’est pas :
– un défaut automatique de la lampe ;
– la preuve que ça polymérise mieux ;
– forcément un mauvais produit …

C’est plutôt :
– une réaction chimique normale ;
– dépendante de la formulation ;
– dépendante de la technique ;
– dépendante de la vitesse de polymérisation.

Comprendre les radicaux libres et donc les photinitiateurs, c’est comprendre pourquoi le gel chauffe.
Comprendre la chimie, c’est travailler avec plus de maîtrise, plus de sécurité et plus de professionnalisme.

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